Pas les derniers…

tableau de zoran music intitulé autoportrait

Zoran Music :

C’était il y a longtemps à Paris, une exposition au Grand Palais. Je me souviens qu’il pleuvait, je suis rentré un peu par hasard. C’était une exposition consacrée à Zoran Mùsic. A cette époque, je ne savais pas qui il était.

Au détour d’un couloir, ses dessins et ses peintures sont apparus devant moi et d’un coup, c’était comme si je prenais un grand coup de poing dans l’estomac. J’ai failli tomber à genoux tellement j’étais bouleversé.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Zoran Mùsic est un peintre italien d’origine slovène né au début du siècle dernier. Reconnu coupable d’avoir hébergé et aidé un chef de la résistance, il a été déporté à Dachau en 1944. Pendant son internement, il a dessiné en cachette près de 200 dessins qu’il a dissimulé dans divers endroits du camps (à la libération du camp, seuls 36 de ces dessins furent retrouvés). Après la guerre, très affaibli, il s’est établi à Venise et a commencé à peindre. Pendant les années d’après-guerre, il s’est consacré à des sujets plutôt sereins qui avaient rapport avec son enfance tel les motifs dalmates qui illustrent cet article.

Ce n’est que beaucoup plus tard, dans les années 70, que son oeuvre prit soudain un tournant décisif : des réminiscences de son séjour en camp de concentration le poussèrent à peindre une série de tableaux nommés « Nous ne sommes pas les derniers ». Cette série de tableaux est terrible (des entassements de cadavres peints d’après les dessins réalisés à Dachau). Le nom de la série l’est tout autant et nous pousse au souvenir et au combat contre la haine.

Mùsic disait : « Lorsque nous étions dans le camp, nous nous disions souvent que ce genre de chose ne pourrait plus jamais se reproduire ; nous étions les derniers à qui cela arriverait… Mais ensuite, le temps passant, je vis que le même genre de chose commençait à se reproduire partout dans le monde. Et je me rendis compte  que ce que nous nous étions dit alors n’était pas vrai. Ce qui est vrai, c’est que nous ne sommes pas les derniers… ».

Une petite précision : j’ai choisi d’illustrer cet article avec des photos de tableaux paisibles de la période des motifs dalmates, accompagnés d’un autoportrait tardif. Je vous laisse le soin de découvrir, si vous en avez l’envie, ceux très durs de la série de « nous ne sommes pas les derniers ».

Zoran Mùsic est mort à Venise le 25 mai 2005 ; la haine de l’autre, elle, continue de vivre et de grandir dans le coeur des hommes…

DCF 1.0

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